Un livre pour sortir du système avant qu’il ne s’effondre

« L’effondrement, c’est maintenant ! » C’est du moins ce qu’affirme Jacques Tiberi, journaliste écolo et auteur de « Prêts pour l’effondrement ? », un essai de collapsologie doublé d’un guide de vie en autonomie. Entretien.

livre

C’est quoi le collapse ?

Vous vous présentez comme un journaliste-collapsonaute… mais qu’est-ce que c’est un « collapsonaute » ?

Jacques TIBERI : J’ai l’habitude de reprendre un dicton bouddhiste, qui dit « Quand souffle le vent du changement, certains construisent des murs, d’autres des moulins… » et moi je me bricole une planche à voile ! Voilà un peu l’état d’esprit d’un collapsonaute : quelqu’un qui se prépare à naviguer sur le tsunami du collapse. C’est cet état d’esprit que je tente de transmettre sur mon blog et mon podcast.

Vous pouvez m’en dire plus sur ce collapse dont on commence à beaucoup parler dans les médias… j’aurais dû commencer là !

JT : Le collapse, c’est un mot chic pour parler de l’effondrement de notre mode de vie. Certains disent « effondrement de la civilisation », mais ça ne veut pas dire grand-chose. Dans mon livre, j’explique comment le cocktail dérèglement climatique + pénurie de ressources naturelles (pétrole, eau…) + crise financière va conduire notre mode de vie à sa perte d’ici 2030-2040. Ces faits je ne les invente pas, on en parle depuis les années 70 ! Alors, concrètement, c’est quoi le collapse ? Eh bien, nous allons passer du mode de vie occidental de 2020 à celui de 1920, de façon plus ou moins brutale. La question n’est pas d’en pleurer ou de s’en réjouir, mais de s’y préparer !

Justement, dans votre livre, vous appelez les gens à « sortir du système avant qu’il ne les entraîne dans sa chute… », mais qu’entendez-vous par « sortir du système » ?

JT :Tout simplement à entrer dans l’autonomie. L’autonomie, ça commence par la dé-consommation, ça continue avec l’auto-consommation mais, surtout, par la construction d’une communauté résiliente autour de soi. Le cœur de mon livre, c’est de guider le lecteur dans ce cheminement, qui n’est pas facile ! Je l’ai écrit pour aider le plus de gens possible à atteindre l’autonomie en énergie, en nourriture, en eau… et à construire une communauté de personnes de confiance autour de soi, ce qui demande du temps ! Moi-même, au bout de deux années de pratique, je continue à tâtonner ! J’espère que mon guide permettra à certains de gagner un peu de temps.

Prêts pour l’effondrement

On trouve beaucoup d’humour dans votre bouquin. Pourtant, l’effondrement c’est pas vraiment marrant. Pourquoi avoir choisi de le prendre à la rigolade ?

JT : Hum. Je ne le prends pas à la rigolade, mais plutôt avec le sourire. L’humour permet de dédramatiser ce sujet qui – il faut l’avouer – est assez sombre et devant lequel beaucoup de monde a tendance à se boucher les oreilles, les yeux, le nez… J’ai aussi voulu détourner les codes des magazines lifestyle grand public, en ajoutant des quiz et des sortes de psycho-test qui rendent la lecture un peu plus fun qu’un énième essai anxiogène sur la fin du monde.

Dernière question – en fait je reprends une des vôtres : vous êtes plutôt Mad Max ou Charles Ingalls ?

JT : Ah ah, eh bien ça dépend des jours ! Parfois j’ai des accès de survivalisme MadMaxiens, je me dis qu’on va devoir se battre, et surtout contre des firmes tentaculaires qui auront bientôt la main mise sur l’eau, l’électricité, les routes… Parfois je me dis que ça va bien se passer et que la fin du système financier – qui est la clé de voûte qui fait tenir tout le reste du système – sera plutôt une libération, qu’on se retrouvera dans des éco-hameaux, en mode « vie simple », façon famille Ingalls. J’oscille entre ces deux scénarios, ça dépend des jours.

Mon avis : le livre est divisé en 2 parties. Les 50 premières pages vous donnent toutes les clés pour prendre conscience de l’effondrement. Je l’ai lu en quelques heures, on rentre bien dedans et c’est assez passionnant – et ça vous met un coup au moral. La seconde partie est un guide technique qui devrait vous permettre de faire les bons choix, si demain notre société s’effondre. Ça ne se lit pas donc comme un roman, ni vraiment comme un essai. Ça parle de l’énergie, de l’alimentation, du potager, de l’organisation sociale, de santé, même de psychologie ! On y vient en fonction de ses besoins du moment, de ses questions, de ses centres d’intérêt. Quelques illustrations drôles et des références pop-geek (seigneurs des anneaux, héros de comics…) permettent de rendre cette lecture presque amusante. Bref, si vous n’avez pas peur de faire face à la réalité, courrez vous l’acheter !

Prêts pour l’effondrement, de Jacques TIBERI, BoD, 2020, 296 pages, 6,99€.

Share Button